1907 -  la Révolte des Vignerons

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Argeliers berceau de la Révolte
Le Tocsin
Marcelin Albert
Docteur Ferroul
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Répression

Commémorations 
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Les Mémoires de Marcelin Albert
Diaporama récapitulatif
Manifestations Commémoratives 2007
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Livre d' Or

Marcelin Albert


 Marcelin Albert est né à Argeliers en 1851, dans une vieille famille d' agriculteurs. Orphelin de père à l' age de 5 ans il est mis en pension à Carcassonne où il reçoit une instruction secondaire (rare à l' époque dans les milieux ruraux modestes). Il quittera les études par obligation d' aller travailler la vigne, mais gardera toujours la passion de la Littérature et du Théâtre.
Après s' être engagé volontaire dans les zouaves pendant la guerre de 1870, il est élu conseillé municipal de son village en 1881 mais écoeuré par la politique il ne se représentera pas. Durant 10 ans il va tenir un café sur la place d' Argeliers, et s' adonne à ses passions pour la musique, le théâtre et le dessin pour lequel il est aussi très doué.
Dès 1900 il fait la propagande en faveur de la propriété et de ses produits naturels, il veut attirer l'attention des pouvoirs publics sur la misère du Midi.
Il va réaliser une chose impensable, l'union de tous: cela au prix de plusieurs années de "prêche"  bâton à la main et besace au dos, de village en village, bravant tout, intempéries des saisons, dédains et sarcasmes des hommes et, négligeant ses propres intérêts.
En Février 1907 il télégraphie à Geoges Clémenceau:
"Le Midi se meurt. Au nom de tous, ouvriers, commerçants, viticulteurs, maris sans espoirs, enfants sans pain, mères prêtes au déshonneur, pitié ! Pitié encore pour nobles défenseurs républicains du midi qui vont s'entre déchirer dans combat sanglant. Preuve fraude est faite. La loi du 28 janvier 1903 la favorise. Abroger cette loi, voilà l'honnêteté. Devoir gouvernement empêcher choc. S'il se produit, les clés ouvriront portes prison, pourront jamais rouvrir portes tombeaux".


sur cette photo on le voit haranguer la foule depuis la terrasse de son café à Argeliers


Inlassablement il répète:
"Unissons-nous contre la fraude qui nous ruine et nous affame. Faisons trêve à nos discordes.
Délaissons la politique.   N' ayons d'autre préoccupation que celle de l'intérêt commun."

 


 

 

 

Entrevue avec Georges Clemenceau à Paris

Je viens solliciter de vous le retrait des troupes dans le Midi, la mise en liberté des détenus d’Argelliers et de Ferroul, la répression des fraudes et vous prier de tendre une main amie à la viticulture, pour le plus grand bien de la République.

 .... je jure que mon seul et unique but, à moi, c’est la défense de la viticulture.

- Est-ce que le Midi souffre autant qu’on veut bien le dire ?

J’expose alors notre profonde détresse et à cette évocation de tant de tourments, de tant de ruines accumulées, je ne puis retenir mes larmes.
De voir un homme de mon âge, sur le seuil de la vieillesse, pleurer, le Président est ému lui-même, car spontanément il me dit :

- Avant de vous entendre, je doutais de vous, mais à partir de ce moment, je suis sûr que vous êtes un honnête homme.

..... Eh bien, écoutez-moi. Je vous promets que le Gouvernement fera tout pour obtenir l’apaisement et que de mon côté je réprimerai les fraudes. Je ne vous force pas. Voulez-vous, sans tarder, essayer de réunir les maires et leur proposer de rentrer dans la légalité ?

Je réfléchis un instant et, comprenant que les maires auraient ainsi leur part de responsabilité, je réponds :

- J’accepte, mais je ne vous promets rien. Et si je ne réussis pas ?

- Vous aurez fait votre devoir et vous irez vous constituer prisonnier à Montpellier.

                                                                                                      ( extrait des notes personnelles de Marcelin Albert )

Clémenceau lui délivra un sauf conduit et lui demanda s'il avait assez d'argent pour prendre le train de Narbonne.

- J’ai 50 francs mais je ne sais pas si j’en aurai assez pour le voyage !!

Clémenceau lui donna un billet de 100 francs et sitôt Marcelin partit, donna une autre version à la presse: laissant entendre qu'il a acheté Marcelin avec un simple billet de 100 francs. Marcelin rallié à la cause de Clémenceau pour 100 fr  c'était un véritable "scoop" pour la presse.
La nouvelle propagée comme une trainée de poudre par tous les journaux arriva à Narbonne avant le train du pauvre Marcelin Albert

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Photos prisent en gare de Narbone le lendemain de l'entrevue avec Clemenceau
en quelques minutes c'est la chutte du héros qui devient un traitre à la solde du pouvoir de Paris
Il put également par la suite compter sur le bon docteur Ferroul pour bvien enfoncer le clou

Il suffit de suivre certains regards pour comprendre que le récit de l' entrevue avec Clemenceau est reçu comme une douche froide.
Dans le regard de Marcelin Albert on lit toute la fatigue et le désespoir de l' Apôtre Rédempteur déchu.
Il se constitue prisonnier le surlendemain et à sa sortie de prison le 4 Août 1907,
il manque d' être lynché par la foule et pendu à un platane sur la place de son village d' Argeliers.

Il meurt dans la misère, l' oubli et mépris le plus complet, le 21 décembre 1921 seulement deux jours après le Docteur Ferroul,
le vieux renard politicien qui avait tout fait pour discréditer  " lou Cigal "  à son profit personnel.


 

L'entrevue avec Clémenceau résumée sous un autre angle.

...............  

 Marcelin Albert décide alors de se rendre à Paris dans l'intention de se constituer prisonnier pour mieux plaider sa cause.


L'histoire qui suit mérite de figurer au panthéon des plus belles enfumades de la vie politique républicaine : "Lou cigal" Albert débarque gare de Lyon, tout de candeur confit et pénétré de la légitimité de sa lutte.
Il est aussitôt pris dans un tourbillon de gardes mobiles et de journalistes, jeté dans un fiacre et livré encore vibrant de slogans sous les ors impavides de l'Hôtel de Beauvau.

On l'introduit solennellement dans le bureau du bureau du ministre et président du Conseil.
Albert distingue un petit bonhomme aux yeux mi-clos et aux fossettes de Kalmouk. Clemenceau.

Le "Tigre" jauge le brave gars du sud, et une amabilité déconcertante détend soudain ses traits tandis qu'il s'avance pour lui serrer la main avec chaleur.
Pour Marcelin, c'est un jet de cloche. Lui qui vient pour affronter la tôle, revendiquer le martyre, voici que le grand Clemenceau le traite en vieux camarade. Il s'assoit abasourdi.

Et la représentation commence : C'est un festival de calembredaines tricolorisées, un torrent de catéchisme républicain, de la prose de recteur académique devant un parterre d'agrégés un jour de remise de palmes académiques, du cocufiage en cinq actes, du pur Clemenceau.
Ce vieil escroc a déjà camouflé sa trahison de la Commune en 71, mis dans sa poche tout le personnel politique de la IIIème République, dégommé une douzaine de gouvernements à la seule pointe de sa faconde, survécu au scandale de Panama pour revenir en force par le tremplin de l'infortuné Dreyfus...

La main sur le cœur, il reproche au Languedocien de faire le jeu des extrémistes et des royalistes, des factieux qui complotent contre Marianne et sa Vertu.
Marcelin Albert proteste que son combat est uniquement celui de la viticulture, accessoirement les langues régionales.
Complètement subjugué, il consent à retourner sa veste et à essayer de convaincre les maires de retirer leur démission.

Les deux hommes se lèvent, Clemenceau remercie et recule d'un pas, matois. Il regarde Albert se tortiller, et s'efforce de ne pas rire. Il sait parfaitement que le paysan n'a pas un sou en poche, lui qui s'orientait encore vers la prison voici une heure.
Matois, il lui propose un sauf-conduit qu'il lui signe aussitôt (Albert est théoriquement sous mandat d'amener et donc recherché par la Sureté), lui fourre un billet de 100 francs dans la main et lui propose de le faire raccompagner à la Gare de Lyon.
Bredouillant des remerciements, Marcelin Albert accepte, en jurant ses grands dieux qu'il remboursera la somme dès que possible.

Dès qu'il a passé la porte, Clemenceau se jette sur le téléphone.
Albert doit être retardé autant que possible pour ne pas attraper le prochain train.
Puis il fait introduire le gratin journalistique auquel il expose brièvement que le meneur des vignerons révoltés a accepté de se démettre, s'est rendu à ses arguments et a accepté une certaine somme d'argent.

Pendant ce temps, assailli par les photographes, la presse et les badauds, Albert entame une sorte de marche triomphale au ralenti qui le voit parvenir à la gare une bonne heure après le départ du train. Il s'installe alors à une table de café, et la curée se poursuit.
A ses cotés, des agents en civil arguent d'ordre à son égard pour le faire boire, les journalistes l'assaillent de questions, il est regardé comme l'attraction du jour.

Au fil des bocks, sa pensée s'embrouille, tandis qu'à l'autre bout de son téléphone, tenu au courant par quart d'heure, Clemenceau commence à bien rigoler.

Albert rate donc le train de midi.
À 21 heures, il monte enfin dans un wagon de 3ème classe, sans savoir que cette partie du train doit être détachée à Brive pour continuer en omnibus.

Les journaux, eux, prennent l'express ! Il arrive à Toulouse le lendemain matin, trois heures après la sortie des premiers quotidiens qui fustigent d'importance l'apprenti révolutionnaire.

Dès sa descente de train, il est abordé par une meute de journalistes qui lui montrent les éditions qui viennent de sortir.
Il est effaré et tente de démentir : Non, il n'a pas pleuré !
Non, il n'est pas venu réparer le mal, mais essayer de trouver un terrain d'entente !
Oui, il a accepté une mission ! Il révèle le prêt du billet de 100 francs.
Tout cela est bien confus et le mal est fait : Marcelin Albert est désormais déconsidéré aux yeux de ses anciens amis. La foule hurle, le conspue.

Commence alors un long chemin de croix, qui le voit enfin arriver exténué à Argeliers à 20 heures, toujours sous le regard bienveillant des policiers et des gendarmes qui sont toujours théoriquement à sa recherche.
Il entre aussitôt en réunion avec le Comité et fait part des propositions de Clemenceau. Bien évidemment, on lui rit au nez. Il sort sous les lazzis tandis que le Comité décide de continuer la lutte.

Ferroul achève de discréditer Albert et récupèrera le mouvement pour créer la Confédération Générale des Vignerons du Midi, imaginée quelques années plus tôt par… Marcelin Albert !

 

1907, la révolte des vignerons du Midi    www.dionyversite.org


 

 

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