- Histoire des Corbières - 

le moulin d'Arlette

    les Moulins de la Corbière

Dans les années 1700, on ne parlait pas AOC dans la Corbière...
Céréales Olives et Moutons étaient traditionnellement les trois mamelles de la région.

La végétation, le climat et les paysages étaient différents de ceux que nous connaissons à présent.

Là où aujourd' hui il n' y a plus que roches dénudées, garrigues épineuses, pins replantés étrangers au pays, il y avait des forets verdoyantes.
Toutes le relief était couvert de chênes vert, de frênes, de cyprès et de bouleaux. Le climat plus doux et plus humide alimentait des cours d'eau abondants et des sources bouillonnantes.

L'agriculture était limitée aux petites vallées, où poussait blé, seigle et oliviers.
A ces ressources il fallait ajouter les grands troupeaux de moutons qui fournissaient viande, lait, fromage et laine, les jardins potagers, les poulaillers, les volières, la chasse et la pêche.

Il faut savoir que la plupart des paysans étaient propriétaires de leur maison et champs. Le servage avait été aboli 500 ans plus tôt en 1270, bien avant le reste de la France encore moyenâgeuse.
Pour le travail des champs c'était le système d' entraide réciproque et de journées rendues qui prévalait. On travaillait dur, mais on ne mourait pas de faim dans nos campagnes.
Dans cette diversité de ressources c' était toutefois les céréales, et en tête le blé, qui tenaient la première place. On disait que la région possédait la meilleure terre à blé du Royaume de France.
Le blé était d' ailleurs la monnaie d' échange. Le curé du village était payé en nature et recevait pour denier des hectolitres de blé.

Quand on a beaucoup de bon grain à moudre, de l'eau pour faire tourner les rodets et du vent pour faire tourner les ailes, quoi de plus naturel que d' avoir partout des moulins. Dans la région on comptait un moulin pour 250 habitants...


Moulin à eau dans les gorges du Ripaud entre Fontjoncouse et Montplaisir

Contrairement a ce que l'on pourrait croire au pays du vent, les moulins à eau étaient trois fois les plus nombreux que les moulins à vent.
On en comptait encore près de 600 dans l' Aude au XIX° siècle. Il n' en reste pratiquement rien aujourd' hui.

L' eau était abondante dans les étroites vallées et gorges du relief de la Corbière. De plus la puissance de l'eau, supérieure à celle du vent, permettait d' actionner plusieurs meules à la fois.

Comme dans toute l' Occitanie on utilisait une roue horizontale munie de godets (rodets) sur lesquels arrivait l'eau et qui transmettait, sans engrenage, par un axe vertical, le mouvement à la meule située au dessus.

 Lorsque pour la première fois on découvre aujourd' hui le massif, on se demande que font ces ruines de moulins sans ailes dans un pays où tous les habitants vous disent que depuis les romains, tout ici n' a jamais été que vignes...
Songez que seulement sur la crête rocheuse au dessus de la Seigneurie de Donos on comptait huit moulins mus par le fils d' Eole.

On moulait un peu de tout, et en premier à tout seigneur tout honneur du blé ( le plateau à gardé le nom de Vente Farine ), puis de l' avoine, du seigle, du métel ou raou ( mélange de blé et seigle traditionnel des terres pauvres ), de l' orge, mais aussi bien sur des olives.
Les moulins à eau et  à vent étaient complémentaires, et dans la plupart des cas le meunier possédait les deux et les faisait tourner en fonction de la météo et de la quantité de grain à moudre ce jour là.
Ainsi allait la vie dans la Corbière.

Difficile de dire entre l 'oeuf et la poule à quel moment tout a basculé et qui a commencé.
Il faut se situer dans cette époque charnière, entre la ruée vers l' or de John Wayne et les Temps Modernes de Charly Chaplin.
La grande bourgeoisie prend le pouvoir en 1789. La révolution industrielle des Temps Modernes est née. Si la déforestation est vieille comme l'humanité, elle va s' amplifier progressivement au cours des âges avec la croissance de la population et de ses besoins.
Mais la spirale va maintenant s' emballer.
Il faut de plus en plus de bois pour les tuileries, les fours à chaux, le bois de chauffe, les forges etc.. A tout de bras on abat chaque jour plus de forêts pour faire face à la demande.
Les troupeaux de moutons se multiplient dans les forêts dévastées devenues communales
( donc à tous et chacun, c'est à dire à personne ou à moi dans l' esprit de beaucoup ).
Les troupeaux vont par leur nombre accélérer la suppression de la couverture végétale.

 

Vers 1850, la plus grande partie des forêts à disparue et le climat a changé.

Le temps est moins humide au long de l' année, et les ruisseaux qui alimentaient les moulins sont souvent à sec.
Les orages violents sont plus fréquents et détruisent les récoltes de céréales. Si les étés sont plus torrides, les hivers sont plus glacés et détruisent les champs     d 'oliviers.... les moulins n' ont plus grand chose à moudre au bord des cours d' eau qui ressemblent souvent a des oueds.


Dans ce nouveau climat, la vigne va trouver un terrain favorable à son expansion. Tout est réuni. Elle ne craint ni le chaud, ni le froid ni la soif.
Un puceron venu d'Amérique va détruire les vignobles plus au Nord, à une époque où l'expansion des villes, du monde industriel ou des mines de charbon, réclame de grandes quantités de vin.
Ici la terre à nu est prête à recevoir les nouvelles souches américaines qui résistent mieux à cette maladie venue du même pays.
La qualité n' est pas la recherche première, c 'est de quantité dont on a un besoin d' autant plus important et spéculatif, que les vignes des départements voisins touchés par la maladie américaine ne produisent plus rien.
Il faut aller vite et profiter du moindre lopin de terre pour planter la vigne qui rend "nouveau riche" rapidement.
Il arrive de voir le prix du baril multiplié par 10 en très peu de temps ( plus fort que le pétrole aujourd' hui ).
Dans chaque village on sacrifie avec frénésie pour la poule aux oeufs d' or, les derniers champs de céréales ou d 'oliviers, et même parfois jusqu' au carré de potager ou de basse-cour dont il reste peu de temps pour s' occuper.

C' était le temps de la ruée vers l' or nouveau de la Corbière, qui dans le tourbillon perdit ses moulins et son singulier.
Désormais on dira "LES Corbières ", et on n' y parlera guère plus du blé qu'on n' y parlait du vignoble il y a moins de 200 ans.
Mais l' Histoire est un éternel retour.
Qui sait si un jour on ne verra pas des champs de blé reblondir dans la plaine entre Thézan et Saint Estève ?...

 

 Texte photos et réalisation : (c)Henry Coulondou - copyright all rights reserved 

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Principe des moulins à eau en Occitanie
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Au rez de chaussée l'eau tombe tombe sur une roue horizontale munie de rodets
qui entraine par un arbre vertical la meule située au sec à l' étage supérieur

Roue à rodets
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ElElles étaient fabriquées en bois.
Ce système connu depuis la plus haute antiquité permet d' éviter les engrenages
des roues à aubes du Nord, plus fragiles et demandant plus d' entretien
.

Moulin d ' Embres
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C'est aujourd 'hui le vestige le mieux conservé de la région. 

Moulin dans la gorge du Ripaud
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Comme à Embres, la porte voutée typique par laquelle l' eau s' écoulait
est bien conservée

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Meule gisante ( fixe) au dessus de laquelle tournait la meule mobile entrainée par un axe passant par ce trou central. (ouf....)

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Meule gisante

Moulin dans la gorge du Ripaud
 
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pas toujours facile de deviner qu 'il y a
un vieux moulin sous la végétaion.

Gorge du Ripaud
 
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  Sources principales :
   Moulins et Vignes dans la Corbière  -  Louis Lapeyre
L' aventure des Forêts en Occident de la préhistoire à nos jours -  Jacques Brosse
Vilatges al Pais  -  Francis Poudou

 

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Septembre 2005  vos remarquescoulondou@tiscali.fr

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